Observatoire des rues aux écoles à Paris : bilan de la mandature 2020-2026
Six ans de suivi citoyen pour apaiser les abords des écoles parisiennes
À l’occasion de la fin de la mandature 2020-2026, Respire publie le bilan final de son Observatoire des rues aux écoles. Mis en place dès 2020 pour suivre l’engagement de la Ville de Paris de réaliser 300 rues aux écoles, cet outil de suivi citoyen a permis pendant six ans de documenter les progrès accomplis, d’identifier les retards et d’évaluer la qualité réelle des transformations engagées autour des établissements scolaires.
Les Rues aux écoles, un enjeu de santé, de sécurité et de lutte contre la sédentarité
Plus vulnérables à la pollution atmosphérique, mais aussi à l’insécurité routière causée par les véhicules motorisés, les enfants représentent un segment de la population à protéger en priorité des impacts de la circulation motorisée, en préservant les espaces dans lesquels ils et elles grandissent et s’épanouissent. La carte des écoles franciliennes polluées publiée en 2022 par Respire a permis de mettre en avant cette exposition. À Paris, ce sont 548 établissements scolaires qui dépassent les normes légales de pollution au dioxyde d’azote, un gaz dangereux pour la santé principalement émis par le trafic routier.
300 rues aux écoles à Paris, une promesse née d’une mobilisation citoyenne
Lors de la campagne des élections municipales de 2020, la coalition La Rue Est À Nous (LREAN), composée de nombreuses associations dont Respire, a contribué à faire émerger les rues aux écoles comme un dispositif urbain spécifique protégeant les abords des établissements scolaires. Suite à la mobilisation citoyenne, l’équipe municipale parisienne nouvellement élue s’engage à apaiser les abords de 300 écoles, en visant les plus polluées, et à piétonniser et réaménager entièrement 100 d’entre elles d’ici 2026.
Qu’est-ce qu’une Rue aux écoles ?
Les Rues aux écoles sont des aménagements destinés à sécuriser et apaiser les abords des établissements scolaires. Elles visent à réduire le trafic motorisé, améliorer la qualité de l’air (- 30 % de NO2)1, diminuer le bruit et offrir davantage d’espace aux enfants, ce qui participe également à lutter contre la sédentarité.
Elles se caractérisent fondamentalement par la modification du régime de circulation, avec en priorité la piétonnisation des rues via leur fermeture à la circulation, matérialisées par une barrière, de manière pérenne ou dans des cas spécifiques uniquement durant les heures d’entrée/sortie d’école. Dans d’autres cas, elles restent ouvertes à la circulation, mais sont requalifiées en aires piétonnes ou a minima en zones de rencontres (limitées à 20 km/h).
Cette modification du régime de circulation permet une transformation de l’espace public, caractérisée par des réaménagements de la voirie permettant un meilleur partage entre tous les modes et afin que ses usager·e·s se le réapproprient pour d’autres activités comme jouer, se rencontrer, etc. Les aménagements incluent de la végétalisation pour lutter contre les îlots de chaleur, du mobilier urbain (bancs, arceaux vélos, fontaines, etc.), des peintures ludiques au sol, etc.
Cet article sur le site de Respire donne plus de détails sur les Rues aux écoles.

Exemple de mini banc Davioud – Mairie de Paris
L’observatoire des Rues aux écoles à Paris, un outil quantitatif et qualitatif de suivi citoyen
Afin de suivre l’implémentation de ces rues aux écoles à Paris et leur qualité, Respire et la coalition LREAN ont lancé un observatoire des rues aux écoles. Il répartit les rues aux écoles selon deux catégories, fermées (avec une barrière) ou ouvertes (dans ce cas en aire piétonne ou zone de rencontre).
Au sein de ces catégories, l’observatoire distingue également deux niveaux d’aménagement. Certaines rues bénéficient uniquement d’une signalisation réglementaire minimale, tandis que d’autres font l’objet d’une transformation complète de l’espace public avec végétalisation, mobilier urbain, élargissement des espaces piétons ou suppression du stationnement.

Dans de nombreux cas, les aménagements légers constituent une étape transitoire (urbanisme tactique) avant des transformations plus ambitieuses. Cette progressivité a permis à la Ville de déployer rapidement le dispositif tout en programmant des aménagements plus qualitatifs dans un second temps.
Un bilan quantitatif presque atteint, un bilan qualitatif réussi
En juin 2026 notre observatoire dénombre 279 rues aux écoles recensées, dont 174 rues fermées et 105 rues ouvertes.

Un objectif quantitatif de 300 Rues aux écoles presque atteint
Si l’objectif de réalisation de 300 n’a pas été atteint, nous avons constaté une accélération du nombre de Rues aux écoles réalisées durant la seconde partie de la mandature. À noter que 50 rues comptabilisées dans le bilan actuel de la Ville étaient déjà piétonnes avant 2020 et ne peuvent donc être considérées comme des créations de la mandature.
Une progression marquée par la qualité des aménagements
Au-delà du nombre de rues réalisées, la qualité des aménagements constitue un indicateur essentiel de réussite. Sur ce point, le bilan apparaît particulièrement positif. L’objectif municipal de 100 rues aux écoles fermées et aménagées peut être considéré comme quasiment atteint, avec 96 rues déjà réalisées auxquelles s’ajoutent 78 rues fermées qu’il faut désormais aménager.
Des progrès important à encore réaliser pour les écoles les plus polluées
Écoles polluées traitées
Enfin, parmi les 279 rues aménagées, seules 42 rues aux écoles sont parmi les plus polluées, elles couvrent 56 écoles (car une Rue aux écoles peut inclure plusieurs écoles) sur les 300 les plus polluées à Paris, soit seulement 18 % d’entre elles. Elles devront être mieux prises en compte et priorisées lors des prochains aménagements.
Ces résultats confirment une évolution déjà perceptible lors de notre précédente évaluation : la Ville de Paris ne s'est pas limitée à multiplier les rues aux écoles, mais a progressivement renforcé la qualité des interventions réalisées. De nombreuses rues initialement mises en place au moyen de dispositifs temporaires ou d'aménagements légers ont ainsi fait l'objet de transformations plus pérennes, permettant une meilleure appropriation de l'espace public par les enfants, les familles et les riverains.
Observation lors de la mise à jour finale
Lors de la mise à jour finale, réalisée en 2026, de nombreuses observations et dysfonctionnements ont pu être relevés sur le terrain, qui devront être prises en compte lors de la prochaine mandature.
Des Rues aux écoles encore inabouties
D'abord, certaines rues seraient étonnamment simples à finaliser. Dans plusieurs cas, quelques ajustements réglementaires ou l'installation d'une signalisation adaptée suffiraient à faire aboutir des projets. Certaines impasses ou rues à très faible circulation apparaissent encore comme des occasions manquées. C’est le cas de l’École Maternelle Lamarck dans le 18e arrondissement, pourtant indiquée sur la carte des Rues aux écoles de la Ville de Paris. Dans d’autres cas, des rues ont été réaménagées et végétalisées sans que le régime de circulation n’ait été modifié, comme le collège de la rue Edouard Pailleron, dans le 19e arrondissement.
Enfin, certaines rues aux écoles comptabilisées en 2023 ont été désinstallées depuis, comme la rue Montaigne, dans le 6e arrondissement, et ont dû être retirées de notre décompte, tandis que certaines font toujours face à un risque de désinstallation et ne bénéficient pas encore d’un ancrage solide, comme la rue Richard Lenoir dans le 11e arrondissement.
Un besoin de prioriser la qualité des aménagements
Au-delà du nombre de réalisations, la mise à jour finale confirme que la qualité des aménagements constitue désormais l’un des principaux enjeux du dispositif. Certaines rues aux écoles reposent uniquement sur une modification réglementaire du régime de circulation, sans transformation significative de l’espace public. Si ces mesures permettent théoriquement de réduire la vitesse des véhicules et d’améliorer la sécurité des abords scolaires, elles restent souvent peu perceptibles pour les usager·e·s. La rue Littré dans le 6e arrondissement en constitue un exemple représentatif.
Ces aménagements minimalistes s’accompagnent fréquemment d’un faible respect des règles en vigueur. Les limitations de vitesse sont régulièrement ignorées et les comportements observés diffèrent peu de ceux constatés dans le reste de la voirie. Lors des observations de terrain, plusieurs situations ont également confirmé la persistance d’infractions commises par des deux-roues motorisés circulant ou stationnant dans des espaces théoriquement protégés. Ces constats rejoignent ceux déjà formulés lors de la précédente évaluation de l’observatoire.
À l’inverse, les rues aux écoles les plus ambitieuses démontrent pleinement l’intérêt du dispositif. Lorsqu’elles bénéficient d’un réaménagement qualitatif de l’espace public, associant végétalisation, suppression du trafic de transit, mobilier urbain et espaces de convivialité, elles sont rapidement investies par les habitants. Les enfants s’y réapproprient la rue comme un espace de jeu et de rencontre, tandis que les familles et les riverain·e·s profitent d’un environnement plus agréable et plus sûr. Cette appropriation a notamment pu être observée devant l’école maternelle Bullourde dans le 11e arrondissement, où des enfants jouaient au football à la sortie des classes.
Bilan et perspectives : consolider les acquis, poursuivre et élargir la dynamique
En conclusion, l’association Respire demande le prolongement de cette dynamique d’aménagement de rues aux écoles, afin de préserver la santé des enfants et d’améliorer la qualité de l’air. Cette dynamique doit impérativement poursuivre la réalisation de rues qualitatives, offrant un espace sûr au public, et atteindre l’objectif posé par l’équipe d’Emmanuel Grégoire de 1 000 rues apaisées pour 2033. Cet objectif a pu être réitéré lors de sa signature du Manifeste de Respire durant les élections municipales de 2026, mentionnant notamment la réalisation de ces rues scolaires. Il s’inscrit également dans la volonté citoyenne des parisien·ne·s, qui avaient voté en faveur de la réalisation de 500 rues jardins lors du référendum organisé par la Ville de Paris en 2025.
En accompagnement des rues scolaires, Respire appelle à prendre de la hauteur et élargir le sujet pour repenser l’usage et le partage de l’espace public, notamment au travers la création de cœurs piétons. Réalisés par exemple dans le 10e arrondissement, vers Louis Blanc, ces coeurs piétons permettent de repenser les aménagements publics et les déplacements urbains, permettant de les apaiser et de réduire la pollution de l’air dans des quartiers entiers.
Respire appelle ainsi à :
- Poursuivre l’aménagement de nouvelles Rues aux écoles, en particulier pour les écoles les plus polluées ;
- Concrétiser les aménagements des Rues aux écoles les moins abouties ;
- Privilégier les aménagements physiques plutôt que les seules mesures réglementaires ;
- Garantir la pérennité des réalisations existantes ;
- Développer les cœurs piétons autour des équipements accueillant du public ;
- Intégrer pleinement les rues d’écoles dans la future stratégie des rues-jardins.
Paris a ainsi démontré qu’il était possible de passer à l’échelle et de réaliser des rues aux écoles, y compris dans des rues réputées très difficiles à aménager. Respire a pu constater via les échanges avec d’autres villes et ONG que la capitale est devenue une référence mondiale en la matière. Ces réalisations et objectifs devraient inspirer d’autres villes françaises à s’engager pour repenser l’espace public, protéger les enfants, et améliorer la qualité de l’air. Pour les accompagner, Respire a produit un guide afin d’accompagner les collectivités pour aménager des rues scolaires et leurs alternatives.
Nous remercions chaleureusement pour leurs contributions à cette mise à jour : Pauline Teschner, Ludovic Pelletier, Isabelle Imhof, Nicolas (GreenPeace Paris), Renaud et Jonathan de Sparkle et Axel Genoud-Prachex.
1 Étude Respire et Airgone, campagne de mesure dans neuf rues aux écoles fermées à Paris plus une à Bagnolet, 2024.
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